Rwanda: L’élimination des journalistes indépendants est un acte lâche

Nous avons appris avec consternation et révolte, l’assassinat, dans la capitale ougandaise Kampala, du journaliste rwandais Charles Ingabire, éditeur du site inyenyerinews.org et connu pour son attitude critique envers le régime totalitaire du Général Paul Kagame. Cet assassinat survenu dans la nuit du 30 novembre au premier décembre 2011, rappelle tristement les assassinats d’autres journalistes indépendants envers le FPR, comme celui du journaliste Jean-Léonard Rugambage survenu en juin 2010. Ou comme  la tentative dans les années 1995, d’assassinat du journaliste Mutsinzi, qui, s’il a survécu miraculeusement après des mois dans le coma, reste aujourd’hui marqué à jamais par les séquelles des coups de marteau reçus. En effet, il n’a toujours pas recouvré ses moyens physiques.  Il rappelle aussi les assassinats des leaders politiques au Rwanda ou dans leurs pays d’exil, comme ceux d’Emmanuel Gapyisi, de Félicien Gatabazi et de Martin Bucyana en 1993-1994 au Rwanda, de Théoneste Lizinde en 1996 et de Seth Sendashonga en 1998, à Nairobi (Kenya), de Pasteur Musabe en 1999 à Yaoundé au Cameroun, d’Assiel Kabera en 2000, d’André Kagwa Rwisereka à Butare au Rwanda le 13 juin 2010, ainsi que de la récente tentative d’assassinat du Général Kayumba Nyamwasa le 19 juin 2010 en Afrique du Sud. La méthode utilisée dans l’assassinat du journaliste Charles Ingabire, ressemble étrangement aux méthodes utilisées pour ces autres assassinats ci-haut cités.

Le Comité de Coordination des FDU-Inkingi, condamne vigoureusement cet assassinat honteux et lâche d’un journaliste qui ne faisait rien d’autre que l’usage de la liberté d’expression, l’un des droits fondamentaux de la personne humaine.

Le Comité de Coordination des FDU-Inkingi met en garde, tous ceux qui choisissent l’assassinat politique comme réponse aux demandes de plus en plus nombreuses et insistantes pour l’ouverture de l’espace politique et la liberté de parole.

Cela intervient étrangement au moment où des nouvelles alarmantes en provenance du Rwanda font état d’actes de torture infligés à Me Bernard Ntaganda incarcéré à la prison centrale de Kigali, actes de tortures qui se seraient déroulés dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre lorsque Me Bernard Ntaganda aurait été conduit dans le bureau du directeur de la prison pour y subir la torture et conduit pour incarcération dans un cachot où les conditions de détentions seraient encore plus inhumaines que dans sa cellule initiale.

Ce climat de terreur intervient après le discours du président Kagame, prononcé le 26 novembre à l’occasion du travail communautaire « Umuganda » dans le secteur de Nduba, discours au cours duquel, le président Kagame, a fustigé, sans détour, l’ambassadrice américaine Mme Suzan Rice. Celle-ci venait de déclarer en effet, que le Rwanda brillait par son manque d’ouverture politique et par sa répression des journalistes et des politiques qui osent émettre des critiques envers le régime. L’assassinat du journaliste Charles Ingabire ferait-il partie de la série des 150 autres leaders mentionnés dans le même discours par le Général Kagame pour être des opposants à son régime ?

Cet assassinant d’un réfugié rwandais dans son pays d’asile prouve que le HCR a tort d’appliquer la clause de cessation envers les réfugiés rwandais. Si en effet ils ne peuvent pas être en sécurité à l’extérieur du Rwanda, ils le seront encore moins à l’intérieur du Rwanda.

Le Comité de Coordination des FDU-Inkingi, s’indigne et condamne ces actes de terreur. C’est pourquoi il demande :

1)      Au gouvernement ougandais de diligenter une enquête urgente en vue d’arrêter et de traduire en justice les auteurs de l’assassinat de journaliste Charles Ingabire,

2)      Aux gouvernements de tous les pays qui hébergent les exilés rwandais d’assurer leur protection,

3)      Aux pays qui soutiennent le gouvernement rwandais de faire pression sur lui afin d’adopter la seule voie qui garantisse la paix durable à tous les Rwandais, celle du dialogue et de la liberté d’opinion.

 

Fait à Lausanne, le 2 décembre 2011

Pour le Comité de Coordination des FDU-Inkingi,

Dr Nkiko Nsengimana, Coordinateur