Lutte contre le négationnisme : un alibi contre une vraie réconciliation nationale et une ouverture démocratique au Rwanda

Communiqué de presse

 

En ces moments  d’avril, période hautement symbolique et douloureuse  pour tout le peuple rwandais, l’on observe, pour la Nième fois,  un branle-bas de combat de la part du régime de Kigali en vue de se servir de cette occasion, non pas pour souder les liens entre rwandais mais pour les diviser davantage.

L’on rappellera que  cette période d’avril nous renvoie aux souvenirs douloureux du génocide de 1994 contre les Tutsis par la milice Interahamwe. Elle nous renvoie également aux souvenirs d’un contexte de guerre déclenchée depuis octobre 1990 par le FPR. Elle nous renvoie, enfin, aux  crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis contre les hutu par des éléments du FPR.

Nos organisations , tout en s’inclinant devant les victimes de toutes ces atrocités , et en s’associant de tout cœur à tous les rescapés , pensent que ça devrait être une occasion , pour tout le peuple rwandais , de panser ses plaies , et de regarder ensemble vers  l’avenir , de reconstruire ensemble  une identité nationale et communautaire fortement ébranlée.

Force est de constater que ce n’est, malheureusement pas encore une priorité pour le régime de Kigali qui choisit comme thème fondamental des commémorations de cette année, « la lutte contre le négationnisme ».

Or nous savons tous maintenant, que sous des dehors onctueux, ce thème cache, de la part du régime de Kigali, une véritable stratégie de division des groupes ethniques rwandais pour des fins politiques au bénéfice d’une clique au pouvoir.

Un outil de neutralisation des opposants politiques et autres progressistes.

Kigali s’en sert , en effet , comme un raccourci politique en prétendant que reconnaitre les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis contre les hutus revient à commettre un crime appelé «  négationnisme ». Des cas de  condamnations  judiciaires, sous instigation de l’Etat,  contre les opposants politiques comme madame Victoire Ingabire, Déogratias Mushayidi, des artistes comme Kizito Mihigo sont assez  illustratifs de cette réalité.

Nos organisations trouvent qu’il s’agit d’un amalgame fait  pour des motifs politiques car il n’y a, à notre sens, aucune incompatibilité à constater un génocide contre les Tutsis d’une part et des crimes de guerre et contre l’humanité sur les Hutus d’autre part.

Nous pensons plutôt que le plus grave négationnisme  serait et est l’instrumentalisation politique du génocide par le régime FPR et le déni de justice au groupe Hutu victimes des massacres par le FPR.

Un obstacle sur le chemin de la réconciliation du peuple rwandais:

La politique du FPR de ne pas reconnaitre les crimes de guerre et crimes contre l’humanité dont fut victimes une partie de sa population et d’assimiler ceux qui les évoquent  à des « négationnistes » du génocide des Tutsi est très dangereuse pour la réconciliation et la cohésion de la communauté rwandaise.

Ceci revient, en effet, à ériger des murs de haine plus graves, hauts et épais   entre les Hutu et les Tutsi. Ceci a pour conséquences de :

  • Renforcer  des réflexes identitaires de repli sur soi-même
  • Renforcer les visions sectaires envers l’autre groupe de l’autre côté du mur, qui devient ainsi le bouc émissaire de tous les malheurs.
  • Maintenir un outil facile mais odieux d’exclusion de l’autre groupe à la participation à la gouvernance du pays et aux avantages sociaux (les mauvais prennent le chemin des gacaca, des prisons, des rituels « ndi umunyarwanda », sont exclus des programmes d’aides aux rescapés, etc…)

Stratégie destinée à protéger les criminels au sein du FPR :

L’une des évolutions récentes   dans la complexité du dossier rwandais est l’accumulation de preuves irréfutables, ces dernières années,  sur la responsabilité de certains éléments du FPR, en tête desquels le président Paul Kagame, dans les crimes graves commis contre les rwandais.

Pour le FPR donc, plus le fossé entre Hutu et Tutsis sera maintenu et agrandi, moins il sera emmené à rendre compte de ses responsabilités dans le drame rwandais.

Conclusion et recommandations

Les rwandais doivent être vigilants et ne pas continuer à renforcer ces murs de la haine qui ne servent qu’aux seuls intérêts de la clique au pouvoir.

Les rwandais doivent refuser de prêter main forte à un système de protection des criminels du FPR

La communauté et l’opinion internationales ne doivent pas être dupes et complices du jeu machiavélique du régime de Kigali. En l’occurrence des évènements tels que celui de la conférence de presse prévue par l’ambassadeur de Kigali à Bruxelles le 05/04/2016  sur  le thème de « lutte contre le négationnisme » doivent être compris et placés dans ce contexte de commerce politique du génocide au profit d’un régime en panne sur le volet de la vraie réconciliation nationale.

Les rwandais ont droit à une forme de commémoration humaine, respectant les valeurs positives de la culture rwandaise sur le respect des morts et la reconstruction de tous les rwandais sans distinction

 

Bruxelles, le 05/04/2016

 

FDU-Inkingi

Bukeye Joseph 

 

RNC - IHURIRO 

Rudasingwa Théogène   

 

PDP Imanzi

Munyampeta J.Damascène