Les relations entre le Burundi et Rwanda: Hier et aujourd’hui.

Une contribution à l’histoire socio-politique de la région des grands lacs africains

par Dr. Phil. Innocent Nsengimana

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U Twicara-bami et Lyagisegenya[1], voici deux localités qui se situent actuellement dans le sud du Rwanda et qui ne peuvent pas passer inaperçues lorsqu’on aborde l’évolution des rapports qui se sont tissés entre le Burundi et le Rwanda. La tradition telle que reproduite par l’Abbé Alexis Kagame  présente lesdites localités comme des lieux où se sont rencontrés les dirigeants burundais et rwandais pour régler leurs différends. Aujourd’hui encore, les relations entre le Burundi et le Rwanda ne sont pas au beau fixe. Le présent écrit revient sur les événements qui ont envenimés ces relations depuis déjà 2012.  L’histoire des actes de paix qui ont été accomplis à U Twicara-bami et à Lyagisegenya que le présent texte relate aussi vient donc au bon moment. Elle doit être envisagée comme une source d’inspiration destinée à tous ceux qui interviennent dans la recherche des voies et moyens susceptibles de ramener la bonne entente entre le Burundi et le Rwanda.

Mots clés :

Burundi – Rwanda – Ruanda-Urundi – U Twicara-bami – Lyagisegenya – Kigeli IV Rwabugili – Mutara I Semugeshi – Mutara II Rwogera –  Mutaga II Nyamubi – Paul Kagame – Pierre Nkurunziza – Pacte de non-agression – Mwezi IV Gisabo – Ntare II Kibogora

 

Depuis 2012, les relations entre le Burundi et le Rwanda se sont fortement dégradées. Jamais, depuis la fin du XIXème siècle, le Burundi et  Rwanda n’avaient connu des relations aussi tendues et, depuis un certain temps, les propos des autorités de ces deux pays laissent voir venir une confrontation armée, si rien n’est fait[2]. Les uns et les autres s’accusent mutuellement de soutenir des groupes rebelles dont les opérations sont dirigées contre les régimes en place dans ces deux pays. Outre des affrontements verbaux entre les dirigeants, ces relations ont été marquées, d’une part, par la fermeture des frontières entre les deux pays rendant difficiles et/ou quasiment impossible la libre circulation des personnes et des biens qui était bien en vogue depuis des décennies ; d’autre part, par l’organisation des manifestations populaires par les autorités burundaises  dans les rues de Bujumbura ou ailleurs dans le pays contre Kagame et son régime. Des enlèvements de populations civiles sur le territoire burundais attribués aux forces de sécurité rwandaises[3] ainsi que le renvoi du Chargé d’affaires et Premier secrétaire de l’ambassade du  Rwanda à Bujumbura ont été également signalés.

De plus, l’absence[4] remarquée du président Pierre Nkurunziza et/ou de ses représentants dans des rencontres sous régionales fait penser à l’isolement diplomatique, politique et économique du Burundi au sein de l’EAC (East African Community). Face à cette tension ainsi qu’à ses cohortes  de conséquences malheureuses, deux questions viennent à l’esprit : l’histoire des relations entre ces deux pays prédestinait-elle à une telle situation ? Comment les dirigeants de ces pays en sont-ils arrivés là ?

Le présent écrit se propose d’apporter quelques éléments de réponse à ces interrogations. Nous relèverons d’abord, à travers l’historiographie de la région des grands lacs africains, les moments forts de l’histoire des relations entre le Burundi et Rwanda; ensuite nous nous pencherons sur  l’actualité pour tracer les grandes lignes de l’historique des tensions actuelles. Dans la conclusion, nous donnerons quelques approches de solutions.

I. Bref aperçu historique des relations entre le Burundi et Rwanda…

I. 1 Le Burundi et Rwanda jusqu’en 1962

Les territoires sur lesquels s’érigent aujourd’hui les Républiques du Rwanda et du Burundi furent, jusqu’au début des années 60, occupés par des royaumes. S’ils étaient deux royaumes (celui du Burundi et du Rwanda) à cette époque-là, il faut noter qu’avant l’arrivée des colonisateurs et missionnaires européens au XIXème siècle, sur lesdits territoires surtout sur celui qui est occupé actuellement par la République du Rwanda, beaucoup de royaumes, y évoluaient les uns indépendamment des autres. Ce fut grâce entre autres à la force coloniale que ces royaumes furent unifiés. Parmi les royaumes qui évoluèrent sur le territoire occupé par Rwanda actuel, il y a ceux qui sont cités dans les traditions pour avoir noué des rapports directs avec le royaume du Burundi ; ici il faut noter les royaumes du Rwanda, du Gisaka, du Bugesera,…[5] Avant le XIXème siècle, les rapports qui s’établirent entre le territoire rwandais par l’intermédiaire de ses royaumes et le royaume du Burundi ne furent pas toujours pacifiques ; ils furent même beaucoup plus conflictuels eu égard à ce que relatent pas mal d’historiographes.

Les documents dont nous disposons actuellement ne nous permettent pas de fixer exactement la limite « a quo » de ces rapports. Mais, en se référant aux traditions recueillies par l’Abbé Alexis Kagame, il y a lieu de noter que  Mibambwe I Sekarongoro I Mutabazi présenté comme ayant régné au Rwanda, de 1411 à 1444, est entré en contact avec Ntare I Rushatsi qui régnait au Burundi. Voici comment l’Abbé Alexis Kagame présente les circonstances de cette prise de contact :

« …Une affaire grave hantait l’esprit du monarque Rwandais : la mort de sa mère qu’il devait venger[6]. Mais il ne s’estima pas assez fort pour attaquer tout seul le Bunyabungo. Il réussit cette fois à décider Muhoza, successeur de Nsoro II Sangano au Bugesera et Ntare I Rushatsi du Burundi. Les deux alliés, en même temps que lui-même, attaqueraient le Bunyabungo et feraient du butin chacun pour son propre compte…De fait le Bunyabungo ne put résister aux trois invasions simultanées… »[7]

Cette alliance entre Mibambwe I, Ntare I et Muhoza ne fut pas entretenue par leurs successeurs. En effet, Ruganzu II Ndoli présenté par la tradition comme ayant régné de 1510 à 1543 s’allia avec Rwagitare, mwami du Bugesera contre Ntare II Kibogora du Burundi.

« …Ruganzu II était en relations d’amitié avec Rwagitare, monarque du Bugesera. Ce dernier pays s’étendait à l’Ouest jusque dans les environs de Ngozi, et les traditions rapportent que sa frontière Sud était formée en partie par la Rubyironza, et au Sud-Est par la Ruvubu. Mais le royaume du Burundi l’avait progressivement démembré, le refoulant vers le Nord. Rwagitare, une fois en guerre contre Ntare II Kibogora, du Burundi, appela Ruganzu II au secours. Les Ibisumizi s’en allèrent guerroyer contre le Burundi, sous le commandement supérieur de Nyantabana…Les guerriers de Ntare II furent battus par la coalition du Nord… »[8]  

Présenté par la tradition comme le successeur de Ruganzu II Ndoli, Mutara I Semugeshi aurait régné de 1543 à 1576. Avec la conquête de la confédération des Abenengwe (Busanza, Bufundu, Bungwe) que lui attribue la tradition, son royaume allait désormais avoir une frontière commune avec celui du Burundi. R. Bourgeois note qu’il y aurait eu même des affrontements entre ces deux royaumes. Mutara I Semugeshi aurait défendu le Bwanamukali contre les invasions des bami du Burundi[9]. L’entrée en contact direct de ces deux royaumes qui se connaissaient puisque sous les règnes précédents ils s’étaient combattus déclencha un rapprochement. Sûrement que chacun de ces royaumes avait remarqué qu’il ne pouvait pas vaincre militairement l’autre. A cette raison, il faudrait en ajouter une autre relatée par l’Abbé Alexis Kagame : « …le monarque rwandais avait une raison impérieuse de ne pas être en mauvais termes avec celui du Burundi: le code ésotérique du Burundi comportait un poème concernant les vaches; il fallait en revoir communication… »[10]

Suite à ces principales raisons, des « délégations échangées de part et d’autre préparèrent la rencontre de deux monarques: celle-ci eut lieu sur le territoire du Rwanda à Nyaruteja, au lieu-dit depuis uTwicara-bami= Sièges-des-Rois. Ils y accomplirent le pacte de sang, et, corollaire qui allait de soi, y conclurent le pacte perpétuel de non-agression= Imimaro, entre leurs lignées. Ainsi, lorsque le Rwanda attaquerait un pays, le Burundi ne porterait pas secours à ce dernier et réciproquement…Par ce pacte…, le Bugesera était laissé à ses propres moyens face au Burundi plus puissant, qui finira par l’absorber. Le Rwanda recevrait, en retour, la connaissance du Poème dit la Voie des Abreuvoirs qui lui tenaient tellement à cœur. Un Détenteur du Code ésotérique du Burundi, appelé Nyamwonda, fils de Burenge, fut cédé à la cour du Rwanda, pour enseigner à ses homologues le texte du poème et pour procéder à sa première célébration… »[11]

Le pacte de sang conclu entre les monarques en provenance des territoires occupés actuellement par Burundi et Rwanda et qui était censé sécuriser leurs lignées respectives ne tarda pas à être violé : la tradition présente les monarques rwandais Mibambwe II Gisanura et Yuhi III Mazimpaka guerroyant contre les guerriers de Ntare Kivimira, mwami du Burundi, seul ou allié au Bunyabungo ou au Karagwe[12]. Mais ce fut sous le règne de Cyilima Rujugira que la violation du pacte atteignit le paroxysme. Son royaume dut faire face à une coalition du Gisaka, du Burundi, du Bugesera et du Ndorwa. Pour s’en sortir, Cyilima dota son royaume d’une organisation guerrière appropriée que l’Abbé Kagame décrit de la manière suivante:

« ….Le Burundi était le plus fort des adversaires en présence: il ne servirait à rien de s’opposer à lui sur son propre territoire, mais il fallait simplement lui interdire d’envahir le Rwanda. En conséquence, le monarque plaça plusieurs Milices en camps permanents = Ingerero, le long de la frontière en face du Burundi … Le plan conçu contre le Burundi était défensif…Le Burundi attaqua le premier et il se heurta aux camps des Marches disposés le long de sa frontière… »[13]

L’Abbé Alexis Kagame rapporte que la bataille qui resta mémorable fut celle de « la vallée au pied de Runyinya. Le ruisseau de cette vallée fut rougi du sang des morts et des blessés. Aussi lui imposa-t-on depuis lors le nom mémorial de Amazatukura…= les Eaux-ensanglantées, en souvenir de cette bataille mémorable.  Mutaga III lui-même fut blessé d’un coup de lance et les Barundi se retirèrent vaincus… »[14] Ce serait à cette époque que Rujugira aurait annexé la province du Buyenzi[15] située dans le Sud-ouest du Rwanda actuel.

Ayant remporté la victoire militaire sur les guerriers burundais, les guerriers rwandais tentèrent  de déplacer le front sur le territoire burundais. C’était sous Yuhi IV Gahindiro. Voici comment l’Abbé Alexis Kagame présente l’histoire de l’expédition :

« …Yuhi IV envoya au Burundi une expédition à laquelle prirent part de nombreux Chefs du Rwanda à la tête de leurs milices. Le commandant en Chef de l’expédition était le grand favori Rugaju. C’est la fameuse expédition de ku Muharuro. Ce fut un désastre presque complet. Seules les milices Abashakamba, Uruyange et Abakemba rentrèrent indemnes. Le chef Nyarwaya-Nyamutezi qui y avait pris part ne rentra qu’en compagnie de trois guerriers. Ne se résignant pas à subir un échec aussi retentissant, Yuhi IV y envoya une deuxième expédition pour vanger la première. Ce fut un nouveau désastre, et cette fois-ci la Milice Abakemba n’échappa pas à la catastrophe. Les traditions disent qu’elle aurait pu se replier et rentrer indemne, mais son chef Kabaka, fils de Kavotwa, celui-ci fils du prince Sharangabo (fils de Cyilima II) décida de ne pas rentrer une deuxième fois après ce désastre, estimant que Yuhi IV le considérerait comme poltron, réussissant chaque fois à se sauver lorsque les autres tombent sur le champ de bataille… »[16]

Après avoir infligé une défaite aux guerriers rwandais lors de l’expédition de ku Muharuro, les guerriers burundais réessayèrent d’attaquer le royaume du Rwanda. C’était sous Mutara Rwogera. L’objectif était d’aller incendier la résidence du mwami à Mukingo[17]. Voici comment l’Abbé Alexis Kagame présente l’histoire de l’expédition :

« Les guerriers du Burundi traversèrent en masse la frontière au cours de la nuit, dans le plus grand silence, pour ne pas éveiller l’attention des guerriers locaux. L’objectif assigné à ces colonnes était d’aller tout droit jusqu’à Mukingo, pour incendier la capitale du Rwanda. Et mettre ainsi le pays au comble de l’humiliation. Surement que les succès retentissants contre les envahisseurs rwandais lors de l’expédition de ku Muharuro avaient pu les induire en erreur.

Les guerriers rwandais des frontières n’apprirent que le matin le passage nocturne des Barundi qui hâtaient leur marche vers Mukingo. Ils se mirent aussitôt à leur poursuite vers le nord. Au lever du jour, d’autre part, les Barundi se heurtaient à une résistance qui allait s’accentuant. L’avant-garde des envahisseurs atteignit la localité appelée Gikoro près de Buhimba[18]… Ce fut là que qu’elle fut stoppée par les guerriers bien organisés qui arrivaient de la cour. Les Barundi furent mis en déroute en cette localité. Lorsqu’ils tentèrent de rebrousser chemin, ils se heurtèrent aux Milices de la frontière qui étaient venus à leur poursuite. L’encerclement était complet et les envahisseurs subirent un désastre sans précédent, du fait que, de ces Milices qui s’étaient aventurées si loin, aucun survivant ne put rejoindre le Burundi…L’expédition fut dénommée Rwagetana = L’entr’égorgement… »[19]

Sous le règne de Rwabugili, la tradition présente une seule expédition qui fut retenue sous l’appellation « Bataille de Rito ». Cette expédition fut conçue en réponse aux incursions au Mayaga du chef murundi Rugigana qui commandait la frontière du Burundi. C’était sous Mwezi Bijoga. La bataille principale eut lieu à Rito, au Burundi, d’où l’appellation « Bataille de Rito ». Face à la résistance des barundi, les guerriers de Rwabugili, battirent en retraite et revinrent à Gitovu (au Mayaga)…[20]

De par tous les faits ci-haut relevés il convient de noter qu’avant l’arrivée des Européens, les rapports entre les territoires actuels occupés par le Burundi et Rwanda n’étaient pas toujours au beau fixe. Ils furent marqués par les expéditions qui se soldèrent, de deux côtés par des pertes en vies humaines. De plus, il convient de relever que la plupart de ces expéditions n’occasionnèrent pas des conquêtes territoriales. Toutes les fois que les milices rwandaises se sont aventurées sur le territoire burundais, elles ont eu du mal à s’imposer et à occuper le terrain. Il en fut de même pour les milices burundaises sur le territoire rwandais. Au XIXème siècle, les faits tels qu’ils se présentaient sur le plan militaire auraient déterminé les deux parties à reconnaître qu’il ne servait à rien à continuer à se destiner mutuellement  des expéditions à l’issue desquelles aucune partie ne parvenait pas à s’imposer. L’Abbé Alexis Kagame reconnaît ce fait lorsqu’il écrit :

« Jusque sous le règne de Rwabugili, l’expérience démontrait que les guerres contre le Burundi n’apportaient aucun gain au Rwanda. Le pays gagnerait à diriger ailleurs ses guerriers de la frontière Sud, au lieu de les maintenir contre le Burundi…»[21]

Du côté rwandais, il y avait une autre raison de sursoir à ces expéditions : il fallait normaliser les relations avec le Burundi pour faire venir les poètes burundais à la cour du Rwanda afin d’y enseigner des poèmes dynastiques. Toutes ces raisons combinées contribuèrent au rapprochement des monarques rwandais Kigeli IV Rwabugili et burundais Mwezi IV Gisabo. Kigeli IV aurait pris l’initiative en faveur de la paix en envoyant un messager auprès de Mwezi IV :

« Rubega, fils de Ruziga  accepta sans difficulté de se rendre au Burundi… Mwezi Gisabo tenait sa cour à Bukeye près de Banga. Il fit attendre Rubega pendant environ 3 mois avant de le recevoir. Finalement il le reçut et l’envoyé lui communiqua le message de Kigeli IV. Ce message comportait également la demande que Mwezi envoyât à la cour du Rwanda des Poètes dynastiques du Burundi, pour que le roi entendît les compositions déclamées par eux… »[22]

Mwezi IV  aurait accepté tout le contenu du message, car juste après le retour de Rubega, « …les Poètes du Burundi arrivèrent à Ngeli[23], ceux du Rwanda se mirent à apprendre quelques morceaux parmi ceux qui n’injuriaient pas le Rwanda… »[24]

En ce qui est de la paix, le pacte de non-agression entre Mwezi IV et  Kigeli IV fut scellé à Lyagisegenya :

« …à l’époque qui avait été convenue, le roi délégua plusieurs Chefs d’armées, escortés de leurs guerriers. Ils se rendirent dans la localité appelée Lyagisegenya, où ils rencontrèrent plusieurs Abaganywa du Burundi. On apportait, de part et d’autre, une grande quantité de cidre et des dizaines de vaches de boucherie. Les guerriers des deux pays mangèrent et burent ensemble et les chefs des deux côtés partagèrent la consommation du cidre au même chalumeau. Une décision commune fut proclamée, en vertu de laquelle il n’y aurait plus de guerres entre les deux pays. Cette fois-ci donc le pacte ne fut pas conclu par les deux monarques en personne, mais par leurs délégués… A partir de ce moment les Barundi de la frontière se présentèrent en masse à Ngeli pour voir de plus près le fameux Rwabugili. Ils arrivaient par colonnes en chantant, et à Ngeli même le Roi se montrait à eux sur la place du peuple. Il leur faisait servir de la viande en grande quantité et les notables recevaient de lui des têtes de gros bétail comme cadeaux de bienvenue… »[25]

A partir de ces quelques faits rapportés principalement par l’Abbé Alexis Kagame, il appert que les royaumes du Burundi et du Rwanda qui accueillirent le colonisateur au courant du XIXème siècle étaient des royaumes qui ne s’affrontaient plus militairement. Ce fut ainsi tout au long de la période coloniale au cours de laquelle les deux royaumes furent d’abord incorporés dans l’Empire colonial allemand de l’Est africain « Deutschostafrika» jusqu’en 1916. Ensuite, à partir de cette année-là, ils constituèrent une même entité administrative retenue dans l’histoire sous l’appellation de Ruanda-Urundi.  Elle fut administrée par la Belgique : comme territoire sous-mandat pour le compte de la Société des Nations (SDN) jusqu’en 1948 et puis comme territoire sous-tutelle au nom de l’Organisation des Nations Unies (ONU) jusqu’en 1962, année où le Burundi et Rwanda accédèrent à l’indépendance.

I. 2 Moments forts dans les relations entre le Burundi et le Rwanda après les indépendances

Dès leur accession à l’indépendance le 1er juillet 1962, le Burundi et le Rwanda furent administrativement séparés. Le Rwanda devint une république tandis que le Burundi resta une monarchie jusqu’en 1966.  Les dirigeants de ces deux entités s’efforcèrent d’entretenir les rapports de bon voisinage qui ne furent pas exempts de crises. En effet, en 1963, les rapports entre le Burundi et Rwanda furent entachés par l’attaque à partir du Burundi contre le Rwanda dirigé par Grégoire Kayibanda par une rébellion formée principalement par des réfugiés tutsi rwandais qui avaient fui le Rwanda suite aux événements de novembre 1959. Au Burundi, c’était sous le règne du roi Mwambutsa.  Cette attaque marquera négativement, pour longtemps, les relations entre les deux gouvernements. La nouvelle incursion des miliciens des réfugiés tutsi sur le territoire rwandais à partir du Burundi qui eut lieu en 1967 raviva la tension entre le Burundi et le Rwanda. Celle-ci « ne diminuera qu’en mars 1967, lorsque le Burundi et le Rwanda signèrent un compromis sur le statut de réfugiés. Le président Micombero[26] s’engagea à désarmer les combattants tutsi… Depuis cette époque, les réfugiés rwandais renonceront à la lutte armée …jusqu’à l’invasion armée du Rwanda par le FPR (Front Patriotique Rwandais) le 1er octobre 1990 à partir de l’Ouganda… »[27]

En 1972, la guerre civile qui éclata au  Burundi provoqua la fuite de plusieurs milliers de réfugiés burundais essentiellement hutu qui trouvèrent refuge au Rwanda. Cette situation de guerre civile fut marquée par un affrontement par la voie des ondes entre les régimes de Grégoire Kayibanda et de Michel Micombero. Cet affrontement aurait pu conduire à une guerre ouverte entre les deux pays. D’aucuns pensent que celle-ci fut évitée grâce au coup d’Etat du Général Juvénal Habyarimana contre Grégoire Kayibanda le 5 Juillet 1973. L’arrivée au pouvoir de Juvénal Habyarimana inaugura une ère de détente dans les rapports entre le Burundi et Rwanda qui se manifesta à travers la création et la promotion des projets communautaires ainsi que des organisations sous régionales. Parmi ces dernières, il y a lieu de mentionner la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL). Les artisans de cette détente furent, du côté rwandais le président Juvénal Habyarimana et du côté burundais les présidents Jean Baptiste Bagaza et Pierre Buyoya. Leurs successeurs essayeront de maintenir le cap jusqu’en 2015, année au cours de laquelle les relations entre les présidents Paul Kagame du Rwanda et Pierre Nkurunziza du Burundi ont commencé à être tendues.

II. Vers la rupture[28]

II. 1 Un début plutôt rassurant

Lors de son accession au pouvoir, le président Pierre Nkurunziza entretenait de bonnes relations avec Paul Kagame du Rwanda. Citant le journal Le Monde, voici ce qu’écrit le journaliste Jean Claude Mulindahabi:

« …de 2005, date de la fin de la guerre civile au Burundi, à 2012, les rapports entre le président (hutu) burundais, Pierre Nkurunziza, et son homologue (tutsi) rwandais, Paul Kagamé, semblent au beau fixe »[29]

Pour illustrer les bonnes relations au départ entre Pierre Nkurunziza et Paul Kagame, Mulindahabi ajoute :

« …Il y a quelques années, les deux chefs d’État et leur entourage, se retrouvaient non seulement pour une visite de travail, mais aussi pour la détente, au match amical. Selon « Pana », en 2008, amateur et pratiquant de tennis, Kagame avait livré un match face au président du Sénat burundais de l’époque, Gervais Rufyikiri. Ensuite, Bujumbura avait pris du plaisir d’assister au match de football entre les équipes « Allelua FC » du président Pierre Nkurunziza et « Vision 2020″ de Paul Kagame… »[30]

II. 2 La cassure

Tout commence en 2012, année au cours de laquelle le Rwanda accuse le Burundi de soutenir les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), à qui les autorités rwandaises attribuent des attaques armées contre le Rwanda à partir des pays voisins, notamment de la République Démocratique du Congo (RDC). Ces accusations auraient peut-être pu passer inaperçues si en  2014, s’exprimant au sujet de cadavres découverts flottant sur le lac Rweru, le gouvernement burundais n’avaient pas affirmé avec certitude qu’ils provenaient du Rwanda. Ces déclarations envenimèrent les relations entre les deux gouvernements.

Au courant des années 2015-2016, la méfiance redoubla d’intensité lorsque le président rwandais mit en cause la légitimité du président Nkurunziza qui briguait un troisième mandat. Cette volonté du président Nkurunziza suscita des oppositions au sein de la classe burundaise si bien que certains opposants fomentèrent un Coup d’Etat qui avorta ; les instigateurs fuirent le pays et se réfugièrent au Rwanda. Suite à cette situation, la peur s’installa au sein de la population et des milliers de Burundais s’exilèrent au Rwanda où ils s’installèrent dans  le camp de Mahama (sud-est du Rwanda). Ce Coup d’Etat manqué ainsi que ses conséquences qui en ont découlé ont occasionné de part et d’autre des propos hostiles : le gouvernement burundais fut qualifié de répressif. Quant au gouvernement rwandais, il fut accusé de recruter des jeunes dans le camp des réfugiés de Mahama en vue de former une rébellion armée destinée à déstabiliser les institutions au Burundi.

En 2018, la détente dans les rapports entre le Burundi et le Rwanda n’était pas encore au rendez-vous. Des accusations de part et d’autres n’ont pas cessé. Du côté burundais, le président Nkurunziza ne mâcha pas ses mots. Ainsi dans la réunion avec la population de Muyinga, le 14 octobre 2018, il a dit:

« … Reconnaissez bien qu’il y a des ennemis qui ne souhaitent pas que nous nous développions. Vous les avez vus en 2014, en 2015 nous les avons vus, même en 2016. Je ne voudrais pas tergiverser là-dessus ; ils ne viennent  pas de loin mais du Rwanda que vous connaissez. Ceux-là même qui ont passé par Cibitoke pour nous attaquer, ceux qui ont attaqué à partir de Kabarore, aussi, récemment encore ils sont passé par le Congo ceux-là même qui ont versé du sang là-bas, tous provenaient du Rwanda ; nous les avons arrêtés… »[31]

Également, dans sa lettre du 4 décembre 2018 au président Yoweri Museveni, le président burundais a été clair : il cible le Rwanda qu’il traite d’ennemi. Il l’accuse d’avoir soutenu et organisé le putsch manqué du 11 mai 2015. Selon lui, ce pays a alimenté la crise en recrutant dans le camp de Mahama les réfugiés burundais pour une formation paramilitaire. Il écrit que le Rwanda « est le principal facteur de déstabilisation de mon pays et par conséquent, je ne le considère plus comme un pays partenaire, mais comme un ennemi »[32]

Du côté rwandais, le président Paul Kagame parle à demi-mots :

« …(Applaudissements) Nous n’avons pas encore avancé, nous ne pouvons pas nous lézarder, il y a beaucoup de choses à faire, d’autant plus que  la situation s’inverse de plus en plus, les gens éloignés nous causaient des soucis tandis que nous vivions en paix avec les proches. Maintenant, c’est le contraire, nous sommes en bon termes avec les gens éloignés qu’avec ceux qui nous sont plus proches (Applaudissements). Mais nous allons trouver une solution à ce problème (Applaudissements). Ce n’est pas bien de vivre à côté d’un voisin qui cherche toujours à mettre du feu chez toi. Nous avons deux voisins dans la région  qui ne nous veulent pas du bien, avec deux autres il n’y a pas de problèmes, nous vivons en paix avec eux (Applaudissements); les deux autres qui ne nous souhaitent pas du bien, nous allons chercher comment les apaiser (applaudissements). Cela c’est d’un côté : vouloir chercher à apaiser les gens pour pouvoir bien vivre ensemble. Mais, vouloir apaiser les gens pour bien  vivre avec eux ne veut pas dire que tu dois oublier de prévoir ce qui se passerait  si ça n’allait pas bien  (Applaudissements)… »[33]

Lors de son discours de trois minutes à la Nation à l’occasion du Nouvel An 2019, le président Paul Kagame est revenu sur les relations entre le Rwanda et ses voisins :

« … Mais nous avons  encore des problèmes causés par  certains pays voisins qui continuent à vouloir redynamiser et à aider  les groupes armées  comme FDLR, RNC et les autres afin de déstabiliser la paix au Rwanda. Cette attitude compromet les bonnes actions qui caractérisent normalement la communauté  des Pays de l’Afrique de l’Est  d’une part et la sécurité de cette sous-région en général. Le comportement de l’un de ces pays ne nous étonnent pas, mais nous sommes surpris par cet autre pays où nous avons les preuves dont ils doivent être aussi en possession comme quoi ils collaborent avec eux, même si eux, ils le nient publiquement… »[34]

Quels sont les noms de ces pays que le président rwandais ne veut  pas citer?  Lors d’une conférence de presse à Kigali, Dr. Richard Sezibera, Ministre rwandais des affaires étrangères et de la coopération internationale lève la toile et cite les pays en question:

« ..Les relations entre le Rwanda et le Burundi ne sont pas au beau fixe à cause des raisons qui ne proviennent pas de nous. Le Burundi a ses propres problèmes auxquels il essaie certaines d’associer le Rwanda. Mais pour nous les problèmes qui existent au Burundi appartiennent aux Burundais. En ce qui nous concerne, à chaque instant où le Burundi désirera vouloir bien vivre avec le Rwanda, nous vivrons en harmonie. Ainsi donc, nous ne sommes pas en bonnes relations avec le Burundi pour des raisons qui ne dépendent pas de nous mais qui proviennent du Burundi… Les relations entre le Rwanda et l’Uganda ne sont pas non plus bonnes comme nous le souhaitions…. »[35]

En tenue militaire, lors de la fin des entraînements militaires du centre de formation au combat de Gabiro, Paul Kagame a mis en garde quiconque oserait attaquer le Rwanda:

« … Ce que vous entendez ici et là se terminera dans des envies seulement. Tu peux souhaiter du mal au Rwanda en disant que tu aimerais que le Rwanda soit comme ci ou comme ça, tu vas chez les devins ou tu pries et tu continues à faire ce que tu veux en souhaitant du mal au Rwanda. Mais si un jour quelqu’un se trompe et nous attaque, il ne retournera pas d’où il sera venu. Mort ou vivant, nous le garderons ici… »[36]

Depuis 2012, les relations entre le Burundi et le Rwanda n’ont cessé de se détériorer sans qu’aucun signe d’apaisement ne se manifeste. Seuls des affrontements verbaux entre dirigeants de ces deux pays accompagnés d’actes d’enlèvements des populations ont été privilégiés. Ce climat de mauvaises relations entre le Burundi et le Rwanda et la fermeture des frontières qui en a résulté a eu des retombées néfastes sur la vie des populations. Non seulement elles ont arrêté les échanges commerciaux qu’elles opéraient mais aussi de nombreuses familles se sont vues scinder en deux avec l’impossibilité (côté burundais et rwandais)  de traverser la frontière pour se rendre visite. Interrogées à ce sujet par une journaliste de la radio Voix de l’Amérique, des ressortissantes burundaises s’expriment :

 

Journaliste : …Il y a longtemps les populations frontalières contractaient des mariages entre elles, se rendaient visite, mais maintenant ce n’est plus pareil. Nous nous sommes entretenu avec la population de la commune Busiga dans la province de Ngozi sur la frontière Kanyaru Sud, aussi à cet endroit il y avait une frontière où il y avait des va-et-vient de la population, mais actuellement cela s’est arrêté et la barrière est détruite.

 

-Ressortissante burundaise : Avant on allait au Rwanda.

-Journaliste : Maintenant pourquoi vous n’y allez plus ?

-Ressortissante burundaise : Les temps ont changé. Et si on t’interdit d’y aller, tu n’y vas pas et puis tu vois qu’il n’y a pas non plus de Rwandais qui traversent , on les a interdit de venir ici et nous aussi avons cessé d’aller là-bas..

-Journaliste : Est-ce tu n’as pas la nostalgie d’aller là-bas ? Tu n’as pas  de connaissances dont tu aurais envie de voir ?

-Ressortissante burundaise : J’ai une tante, la sœur de mon père, jusqu’aujourd’hui je ne sais pas où elle vit, si elle a déménagé je ne le sais pas.

-Journaliste : Maintenant tu n’as pas envie de la voir ?

-Ressortissante burundaise : Je ne peux pas avoir de nostalgie, puisque je ne peux pas la voir. Elle ne peut pas venir me voir, moi non plus je ne peux pas aller la voir.

-Journaliste : Et vous, vous n’avez pas de connaissances au Rwanda ?

-Ressortissante burundaise : Et bien moi il y a des personnes que je visitais.

-Journaliste : Et maintenant pourquoi tu n’y vas pas ?

-Ressortissante burundaise : La frontière est fermée. Si l’on ouvrait les frontières et s’il y avait de bonnes relations, je pourrais y aller…[37]

 

Cette courte interview témoigne de l’ampleur de la souffrance qu’endurent les populations burundaise et rwandaise ; souffrance résultant d’une situation dont elles ne sont pas responsables. Elle  interpelle les dirigeants afin qu’ils adoptent une nouvelle voie vers la résolution du différend qui les oppose ; une nouvelle voie tapissée de tolérance, de dialogue et de respect mutuels libérée de positions entachées de dénigrement, d’insultes, d’arrogance, de mépris, d’ingérence et d’étalage d’autos blindés et d’avions de chasse…Les populations n’en ont pas besoin ; ce qu’elles demandent, c’est  la normalisation des relations entre leurs pays, la réouverture des frontières afin que les échanges tous azimuts  de naguère reprennent et que les familles enfin se retrouvent.

 

 

Conclusion

La « guerre des ondes » entre les dirigeants burundais et rwandais ainsi que les actes qui l’accompagnent depuis bientôt sept ans et qui font fi des aspirations des populations n’augurent pas un avenir  rassurant dans les relations entre le Burundi et le Rwanda en particulier et pour la sécurité dans la région des grands lacs africains en général.  De par les faits dont certains ont été relevés plus haut, la cohabitation pacifique entre le Burundi et Rwanda est aujourd’hui menacée et le processus pour son rétablissement est en panne. Les initiatives concrètes,  justes et impartiales en la matière de la part de l’Union Africaine (UA) et/ ou de East African Community (EAC) sont actuellement plus que souhaitées.

 

Seulement, des interrogations subsistent : un déblocage de la situation par l’UA présidée actuellement par le président Kagame est-il possible ? Peut-il être juge et partie ? Du côté de la EAC, comment le président ougandais Kaguta Yoweri Museveni qui dirige actuellement cette organisation, compte tenu des relations historiques qui le lient au président Paul Kagame  peut-il être impartial dans la résolution du contentieux rwando-burundais ? Quand le président Museveni demande au président Nkurunziza de dialoguer avec son opposition, est-il prêt à demander aussi au président Kagame de dialoguer avec son opposition ? Un médiateur neutre en dehors de la sous-région, voire même de l’Afrique ne serait-il pas préférable?… Autant de questions qui viennent à l’esprit quand on soulève la tension qui caractérise actuellement les rapports entre le Burundi et le Rwanda. Ces questions prouvent la complexité dans la mise sur pied des mécanismes susceptibles de rétablir des relations de bon voisinage entre ces deux pays.

 

Ce rétablissement s’impose pourtant comme une nécessité pour éviter l’implosion de toute la région des grands lacs africains. Mais, le rétablissement des relations de bon voisinage entre le Burundi et le Rwanda est impensable sans la volonté de leurs dirigeants. Dans cet écrit, nous sommes revenu sur l’historique des relations entre ces deux pays pour rappeler qu’elles ont été caractérisées par des hauts et des bas mais aussi et surtout pour montrer comment les dirigeants ancestraux procédaient pour résoudre leur contentieux : Mutara I et Mutaga II ont conclu un pacte dans une localité devenue célèbre appelée : « u Twicara-bami twa Nyaruteja»; à Lyagisegenya, plusieurs Abaganywa se rencontrèrent avec des Chefs rwandais pour sceller un pacte de non-agression. L’histoire de ces localités ainsi que les actes qui y ont été accomplis doivent servir de source d’inspiration aux dirigeants actuels burundais et rwandais en ces moments où la paix entre leurs deux pays est menacée.  Ce sont eux plus que quiconque qui devraient être les garants de cet héritage en ravivant et en solidifiant les relations  entre les peuples dont ils sont en charge.

 

 

 

Dr. Phil. Innocent Nsengimana

Janvier 2019

 

 

 

 

 

 

Ouvrages consultés

 

R. BOURGEOIS, Banyarwanda et Barundi. Tome I. Ethnographie, 1956.

Déo HAKIZIMANA, Burundi. Le non-dit. Témoignage. Les Editions Remesha.

Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’ethnohistoire du Rwanda. Université Nationale du Rwanda, collection Muntu, 1972.

Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’histoire du Rwanda. Université Nationale du Rwanda, collection Muntu, 1975.

B. MUZUNGU, Les poèmes historiographiques du Rwanda. Edit. les cahiers lumière et société,n° 60, Kigali-Rwanda 2018.

R. NTIBAZONKIZA, Biographie du président Melchior Ndadaye. L’homme assassiné. Bulgarian Helsinki Committee, Sofia, 1996.

 

Sitographie

 

-http://www.therwandan.com/ki/rweruingabo-zu-rwanda-ziraregwa-gushimuta-abarobyi-3-babarundi/

 

-https://www.podcastjournal.net/Les-consequences-de-la-degradation-des-relations-entre-le-Rwanda-et-le-Burundi_a22931.html

 

-http://www.therwandan.com/ki/perezida-nkurunziza-yashinje-u-rwanda-guteza-umutekano-muke-no-kwiba-ubutunzi-bwu-burundi

 

-https://www.jeuneafrique.com/680116/politique/burundi-nkurunziza-exige-un-sommet-regional-sur-le-conflit-ouvert-avec-son-ennemi-rwandais/

 

-http://www.therwandan.com/ki/kagame-ati-dufite-abaturanyi-2-tubanye-nabi-nabandi-2-tubanye-neza/

 

-http://www.therwandan.com/ki/mu-gusoza-umwaka-2018-kagame-ahangayikishijwe-nibihugu-byabaturanyi-fdlr-na-rnc/

 

-https://www.youtube.com/watch?v=vVX9es2u-zs

 

-http://www.therwandan.com/ki/gabiro-kagame-ati-isasu-ryose-urashe-urabara-ntabyo-dufite-byo-gupfa-ubusa/

 

-http://www.therwandan.com/ki/perezida-nkurunziza-arasaba-abaturiye-umupaka-nu-rwanda-kurikanura/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Table de matières

 

Introduction

 

I. Bref aperçu historique des relations entre le Burundi et Rwanda ………………………2

I. 1 Le Burundi et le Rwanda jusqu’en 1962………………………………………………2

I. 2 Moments forts dans les relations entre le Burundi et le Rwanda après les indépendances………………………………………………………………………………6

II. Vers la rupture……………………………………………………………………………7

II. 1 Un début plutôt rassurant………………………………………………………………7

II. 2 La cassure……………………………………………………………………………….8

Conclusion………………………………………………………………………..13

 

 

 

 

 

Cartes

 

Le Burundi administratif[38]

 

 

 

 

Le Burundi (quelques noms des rivières et des lacs)[39]

 

 

Le Rwanda administratif[40]

 

Localisation de quelques royaumes[41] cités dans le texte sur le territoire rwandais avant le XIXème siècle

 

 



[1]Ces deux localités sont situées dans le sud du Rwanda : U Twicara-bami est  situé dans l’actuelle district de Gisagara, province du Sud où se sont rencontrés les bami Mutara I Semugeshi du Rwanda et Mutaga II Nyamubi du Burundi; ils y signèrent le pacte de non-agression permanente Imimaro (Voir Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’ethnohistoire du Rwanda. Université Nationale du Rwanda, collection Muntu, 1972, p.111). A Lyagisegenya se rencontrèrent des Chefs du Rwanda avec des Abaganywa du Burundi et conclurent le pacte de non-agression. C’était sous le règne du monarque rwandais, Kigeli Rwabugili. (Voir Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’histoire du Rwanda. Université Nationale du Rwanda, collection Muntu, 1975, p.75).

[2] En 1972-1973, Kigali et Bujumbura ont connu des tensions. Mais celles-ci n’ont pas atteint l’ampleur de celles d’aujourd’hui. Il y a eu notamment des joutes oratoires exprimées par la voie des ondes des radios nationales des deux pays (voir plus de détail au point I.2. de cet écrit).

[4] Quelques  absences  méritent d’être mentionnées ici : il a été absent du sommet de Dar-es-Salaam du 31 mai 2015. Le président Nkurunziza ne s’est  présenté ni à Dar-es-Salaam au sommet du 08 septembre 2016, ni à celui du 20 mai 2017 tenu aussi à Dar-es-Salaam. Au sommet du 30 novembre 2018 qui s’est tenu à Arusha, il ne s’est même pas fait représenté. Lors du sommet de l’Union Africaine (U A), tenu en juillet 2016 dans la capitale rwandaise,  les représentants du Burundi ont quitté Kigali avant que les travaux de ce sommet ne commencent, en expliquant  que leur sécurité au Rwanda n’était pas assurée.

[5] Pour la localisation de ces  royaumes sur le territoire occupé par le Rwanda actuel ainsi de la plupart des localités cités dans le texte, voir dans la rubrique cartes à la fin du texte.

[6] Attaqué par les Abanyoro (guerriers du Bunyoro), Mibambwe I  Sekarongoro I  Mutabazi, sollicita l’aide de Nsoro II Sangano, mwami du Bugesera et de Kimenyi II, mwami du Gisaka en vain. Il prit alors la décision de s’enfuir au Bunyabungo, traversant le Bunyambirirri et le Kinyaga, emmenant avec lui tout son bétail. Expulsé du Bunyabungo Mibambwe I  gagna le Kinyaga. La reine-mère Nyiramibambwe-Nyabadaha périt dans une incendie de hutte. (Voir R. BOURGEOIS, Banyarwanda et Barundi. Tome I. Ethnographie, 1956, p. 135).

[7] Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’ethnohistoire du Rwanda. Université Nationale du Rwanda, collection Muntu, 1972, p. 81.

[8] Idem, p. 105.

[9] R. BOURGEOIS, Banyarwanda et Barundi. Tome I. Ethnographie, 1956, p. 139.

[10] Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’ethnohistoire du Rwanda…, op. cit. , p. 111

[11] Ibidem.

[12] R. BOURGEOIS, Banyarwanda et Barundi…, op. cit., p.140.

[13] Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’ethnohistoire du Rwanda…, op. cit. , pp.137-138.

[14] Idem, p.140.

[15] Voir à ce sujet, B. MUZUNGU, Les poèmes historiographiques du Rwanda. Edit. les cahiers lumière et société, n° 60, Kigali-Rwanda 2018, p.  74. 

[16]Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’ethnohistoire du Rwanda…, op. cit.,  p. 186.

[17] Dans l’actuel district de Nyanza, province du sud.

[18] Dans l’ancienne commune de Rusatira, ancienne préfecture de Butare, actuellement dans la province du sud.

[19] Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’ethnohistoire du Rwanda…, op. cit. , pp. 192-193.

[20] R. BOURGEOIS, Banyarwanda et Barundi…, op. cit., p. 150.

[21] Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’histoire du Rwanda…p. 74.

[22] Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’histoire du Rwanda…pp. 74-75.

[23] Une des nombreuses résidences de Kigeli Rwabugili dans l’actuel district de Nyaruguru, province du sud.

[24] Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’histoire du Rwanda…, p. 75.

[25] Ibidem.

[26] Le capitaine Michel Micombero est arrivé au pouvoir le 28 novembre 1966 à la suite d’un coup d’Etat contre le dernier mwami Ntare V.  Il inaugura l’ère républicaine au Burundi.

[27] R. NTIBAZONKIZA, Biographie du président Melchior Ndadaye. L’homme assassiné. Bulgarian Helsinki Committee, Sofia, 1996, p. 51.

[29] Idem

[30] Ibidem

 

[31] «…Hari abanzi batifuza ko dutera imbere, mubimenye… Mwarababonye 2014, 2015 twarababonye, 2016 twarababonye, simbica ku ruhande ntibava kure bava mu Gwanda murahazi. Ari abateye  baciye mu Cibitoke, abateye baciye mu Kabarore , n‘ejobundi baciye muri Kongo bajya basheshe amaraso bajya.., bajya bose bavaga mu Rwanda, twarabafashe…» (Voir http://www.therwandan.com/ki/perezida-nkurunziza-yashinje-u-rwanda-guteza-umutekano-muke-no-kwiba-ubutunzi-bwu-burundi)

[33]  «… (Amashyi) Ntaho turagera ntantantabwo  twakwirara ibintu biracyari byinshi byo gukora ; cyane bigenda bisa nkibigurana, abakure baduteraga ibibazo abahafi tubana neza; none ubu tubana n’abakure aba hafi (Amashyi) Ubwo ubwo turaza kubishakira umuti nabyo (Amashyi). Kubana n’umuturanyi uhora ashaka kugutwikira ntabwo ntabwo ari byiza. Dufite abaturanyi mu karere nka babibili batatwifuriza neza. Abandi babili nta kibazo, turabana neza (Amashyi). Abo babili batwifuriza inabi nabo tuzashaka uko tubagusha neza (Amashyi). Ubwo ni ku ruhande rumwe, gushaka ko ugusha abantu neza mukabana. Ariko iyo ugusha neza abantu  ngo mubane ntabwo wibagirwa kubaka ubushobozi buvuga ngo ariko nibitagenda neza bizagenda gute (Amashyi)… » (Voir http://www.therwandan.com/ki/kagame-ati-dufite-abaturanyi-2-tubanye-nabi-nabandi-2-tubanye-neza/)

[34] « ….Ariko haracyari ibibazo duterwa na bimwe mu bihugu duturanye bamwe mu baturanyi bacu bakomeje kugerageza gufasha kuzanzamura imitwe igamije guhungabanya umutekano w’u Rwanda nka FDLR, RNC n’abandi. Ibi bibangamira ibikorwa byiza ubundi bisanzwe biranga Umuryango w’Afurika y’uburasirazuba n’umutekano w’aka karere muri rusange. Imyifatire ya kimwe muri ibyo bihugu ntidutangaza ahubwo dutangazwa n’icyo gihugu kindi aho ibimenyetso dufite n’abo bagomba kuba bafite byerekana ko bafatanya ku mugaragaro, n’ubwo babihakana mu ruhame… » (Voir http://www.therwandan.com/ki/mu-gusoza-umwaka-2018-kagame-ahangayikishijwe-nibihugu-byabaturanyi-fdlr-na-rnc/)

[35]«…Umubano hagati y’u Rwanda n’Uburundi ntabwo umeze neza ku mpamvu zidaturuka ku Rwanda. Uburundi bufite ibibazo bya byabo limwe na limwe rugerageza gushiramo u Rwanda ariko twebwe ibibazo biba mu Burundi n’iby’Abarundi. Ku bitureba  aho Uburundi buzashakira kubana neza n’u Rwanda tuzabana neza. So, umubano ntabwo umeze neza ku mpamu zidaturuka ku Rwanda, zituruka ku Burundi. Umubano hagati y’u Rwanda na Uganda nawo ntabwo umuze neza nk’uko tubyifuza…»

(Voir https://www.youtube.com/watch?v=vVX9es2u-zs)

[36]  « …Ibyo mujya mwumva hirya no hino bishobora bizarangirira mu byifuzo gusa. Ushobora kwifuriza u Rwanda nabi ukavuga ngo u Rwanda uwaduha ngo rumere rutya akajya ajya agenda uraguze, asenge akore ibyo ashatse yikomereze akomeze yifurize u Rwanda nabi. Ariko umunsi hagize uwibeshya akatwishoraho ntabwo azasubira iho yaturute. Ntabwo byakunda. Tuzamugumana hano, yaba  muzima yaba atari muzima….. » (Voir http://www.therwandan.com/ki/gabiro-kagame-ati-isasu-ryose-urashe-urabara-ntabyo-dufite-byo-gupfa-ubusa/ )

 

[37]Umunyamakuru : …Kera abanyagihugu b’ibyo bihugu byompi bakombibe bahana abageni bakanagenderanira. Ariko ubu bamenyesha yuko atariko bikimeze. Aba twaganiriye twabasanze muri komini ya Busiga mu ntara ya Ngozi kuri Kanyuru y’epfo kanatsinda aho kuri Kanyaru y’epfo hari hasanzweho urubibe rutsura amategegeko ariko ubu uruja n’uruza rwaho rusa n’ugwahagaze, harasibye

Umurundikazi : Kera twaraja i Gwanda

Umunyamakuru : Ubu none kuki mutajayo ?

Umurundikazi : erega none ibihe birahinduka

Umurundikazi : None barakubujije kujyayo urahareka, none urabona hari abanyagwanda baza ino, babujije ababo natwe tureka kujyayo

Umunyamakuru :  Ariko ntiwumva uhakumbuye ? Nta baganzi waba ufisiyo wavuga uti ndabakumbuye ?

Umurundikazi : Hariyo Masenge, yari Mushiki wa Papa, n’ubu sinzi iyo ari  niba yarimutse ntabyo nzi.

Umunyamakuru : None se ubu ntimukumbuye ?

Umurundikazi : None se nomukumbura ntari bumubone, ko atojya kundaba naje nkaba ntoja kumuraba

Umunyamakuru : Nowe arafise abagenzi mu Gwanda ?

Umurundikazi : Njewe haribo nagendera

Umunnyamakuru : None ko utakijayo ?

Umurundikazi : Umupaka urugaye. Bawuguruye nyine bakagirana imigenderanire nogenda…(Voir http://www.therwandan.com/ki/perezida-nkurunziza-arasaba-abaturiye-umupaka-nu-rwanda-kurikanura/)

[41] Voir Abbé A. KAGAME, Abrégé de l’ethnohistoire du Rwanda. Université Nationale du Rwanda, collection Muntu, 1972.